Reproductive Geopolitics
Governing and Contesting In/Fertility in The Global Intimate
Ce projet, situé à la croisée de l’art et de l’anthropologie, s’inscrit dans un programme de recherche plus large intitulé “Reproductive Geopolitics: Governing and Contesting In/Fertility in the Global Intimate”, dirigé par la Dre Carolin Schurr.
L’idée centrale de ce projet est d’explorer comment l’accès inégal aux technologies liées à la reproduction reflète les inégalités dans la manière dont certaines vies et certains corps sont valorisés dans nos sociétés. Autrement dit, les personnes qui auront la possibilité d’avoir des enfants dans le futur dépendront en grande partie de qui peut accéder à ces technologies – qu’il s’agisse de moyens simples ou sophistiqués, agissant sur la fertilité ou l’infertilité, la conception, la contraception, la grossesse, l’interruption de grossesse, la naissance, et même, dans certains cas extrêmes, l’infanticide.
Dans le passé, les États réglaient la question de la fertilité raciales. L’objectif était de rendre visibles les effets concrets de en mettant en place des politiques de santé publique, des ces politiques sur leurs corps, leurs choix, et leurs vies. campagnes de planification familiale, ou encore des pratiques eugénistes. Aujourd’hui, ce sont surtout les inégalités d’accès aux technologies reproductives qui dessinent une nouvelle forme de contrôle autour de la reproduction. Le projet cherche à montrer comment cet accès devient un enjeu géopolitique, au moment où différents acteurs – individus, gouvernements, ONG, entreprises, institutions religieuses – s’affrontent ou collaborent pour décider quels corps ont droit à la reproduction, et lesquels. en sont empêchés ou exclus.
Cette nouvelle géopolitique de la fertilité a été étudiée à travers trois groupes de femmes particulièrement marginalisées :
– des femmes demandeuses d’asile vivant en Suisse,
– des femmes autochtones au Mexique,
– et des femmes migrantes qui travaillent dans l’agriculture en Espagne.
Dre. Carolin Schurr
ESP
Este proyecto, situado en la intersección del arte y la antropología, forma parte de un programa de investigación más amplio titulado “Geopolítica Reproductiva: Gobernar y Disputar la Fertilidad/Infertilidad en la Íntima Global”, dirigido por la Dra. Carolin Schurr.
La idea central de este proyecto es explorar cómo el acceso desigual a las tecnologías reproductivas refleja las desigualdades en la forma en que se valoran ciertas vidas y cuerpos en nuestras sociedades. En otras palabras, quién tendrá la oportunidad de tener hijos en el futuro dependerá en gran medida de quién tenga acceso a estas tecnologías, ya sean simples o sofisticadas, que afectan la fertilidad o la infertilidad, la concepción, la anticoncepción, el embarazo, el aborto, el parto e incluso, en algunos casos extremos, el infanticidio.
En el pasado, los Estados regulaban la fertilidad según criterios raciales. El objetivo era visibilizar los efectos concretos de las políticas de salud pública, las campañas de planificación familiar y las prácticas eugenésicas, al aplicar estas políticas sobre los cuerpos, las decisiones y las vidas de las mujeres. Hoy en día, son principalmente las desigualdades en el acceso a las tecnologías reproductivas las que están configurando una nueva forma de control sobre la reproducción. El proyecto busca mostrar cómo este acceso se está convirtiendo en un tema geopolítico, en un momento en que diferentes actores —individuos, gobiernos, ONG, empresas e instituciones religiosas— se enfrentan o colaboran para decidir qué cuerpos tienen derecho a reproducirse y cuáles se ven impedidos o excluidos de hacerlo.
Esta nueva geopolítica de la fertilidad se estudió a través de tres grupos de mujeres particularmente marginadas:
– mujeres solicitantes de asilo que viven en Suiza,
– mujeres indígenas en México,
– y mujeres migrantes que trabajan en la agricultura en España.
ENG
This project, situated at the intersection of art and anthropology, is part of a larger research program entitled “Reproductive Geopolitics: Governing and Contesting In/Fertility in the Global Intimate,” led by Dr. Carolin Schurr.
The central idea of this project is to explore how unequal access to reproductive technologies reflects inequalities in the way certain lives and bodies are valued in our societies. In other words, who will have the opportunity to have children in the future will depend largely on who has access to these technologies—whether simple or sophisticated, affecting fertility or infertility, conception, contraception, pregnancy, abortion, childbirth, and even, in some extreme cases, infanticide.
In the past, states regulated fertility along racial lines. The aim was to make visible the concrete effects of public health policies, family planning campaigns, and eugenic practices by implementing these policies on women's bodies, choices, and lives. Today, it is primarily inequalities in access to reproductive technologies that are shaping a new form of control over reproduction. The project seeks to show how this access is becoming a geopolitical issue, at a time when different actors—individuals, governments, NGOs, businesses, and religious institutions—are clashing or collaborating to decide which bodies have the right to reproduce, and which are prevented or excluded from doing so.
This new geopolitics of fertility was studied through three particularly marginalized groups of women:
– asylum-seeking women living in Switzerland,
– Indigenous women in Mexico,
– and migrant women working in agriculture in Spain.
Le Mexique
Les œuvres présentées dans ce dossier sont issues de l’étude menée au Mexique, dirigée par l’anthropologue Yolinliztli Pérez- Hernandez et l’artiste Armando Zacarias. L’artiste Xictlixocittl Pérez Hernandez a également contribué, notamment lors des ateliers organisés à Cuernavaca, tout comme Maria de Laurdes Santiz, interprète tzeltal-espagnol et assistante de recherche.
Les méthodes dites “affectuelles”, mentionnées plus tôt par la Dre Schurr, ont ici pris la forme d’ateliers artistiques utilisant des médias variés comme le crochet ou le dessin. Ces ateliers ont permis de donner un espace d’expression aux femmes stérilisées, afin de mieux comprendre comment leurs vécus sont liés à des politiques de reproduction et à des dynamiques raciales. L’objectif était de rendre visibles les effets concrets de ces politiques sur leurs corps, leurs choix, et leurs vies.
La première série d’ateliers s’est déroulée à Cuernavaca, dans l’État de Morelos, en janvier et février 2024. Quinze femmes issues de milieux populaires y ont participé pour raconter leur expérience de la ligature des trompes, qu’elles appellent “la salpingo”. La deuxième partie du projet a eu lieu en janvier et février 2025, cette fois dans la communauté tzeltal d’Oxchuc, au Chiapas, où once femmes ont partagé à leur tour leur histoire.
Pour mieux comprendre le contexte, il faut savoir que l’histoire des politiques de contrôle des naissances au Mexique est marquée par des croisements complexes entre genre, race, classe sociale, et héritage colonial. Avant 1973, l’État encourageait activement la croissance de la population. À partir de cette date, le gouvernement a changé de politiques. Il a lancé des campagnes de contrôle de la natalité très intenteses ainsi que des programmes de stérilisation à grande échelle. Elles s’accompagnaient aussi d’interventions intrusives dans la vie reproductive des femmes. Ces mesures étaient souvent influencées par des considérations d’ordre racial et nationaliste.
Même si la Conférence des Nations Unies de 1994 a apporté une reconnaissance des droits sexuels et reproductifs, le Mexique a continué à appliquer une politique démographique malthusienne. Ces pratiques ont affecté de manière disproportionnée les femmes à faibles revenus, vivant en zones rurales, paysannes et autochtones. Les statistiques révèlent la dimension genrée et racialisée de ces politiques, avec des disparités persistantes dans les taux de stérilisation chez les femmes autochtones.
ESP
Las obras presentadas en este dossier provienen de un estudio realizado en México, liderado por la antropóloga Yolinliztli Pérez-Hernández y el artista Armando Zacarias. La artista Xictlixocittl Pérez-Hernández también contribuyó, especialmente durante los talleres realizados en Cuernavaca, al igual que María de Laurdes Santiz, intérprete de español y lengua tzeltal y asistente de investigación.
Los métodos “afectivos”, mencionados anteriormente por la Dra. Schurr, se materializaron en talleres de arte que utilizaron diversos medios como el crochet y el dibujo. Estos talleres brindaron un espacio de expresión para mujeres esterilizadas, permitiendo una mejor comprensión de cómo sus experiencias se vinculan con las políticas reproductivas y las dinámicas raciales. El objetivo era visibilizar los efectos concretos de estas políticas en sus cuerpos, sus decisiones y sus vidas.
La primera serie de talleres tuvo lugar en Cuernavaca, Morelos, en enero y febrero de 2024. Participaron quince mujeres de clase trabajadora, quienes compartieron sus experiencias con la ligadura de trompas, a la que llaman “la salpingo”. La segunda parte del proyecto se llevó a cabo en enero y febrero de 2025, esta vez en la comunidad tzeltal de Oxchuc, Chiapas, donde once mujeres compartieron sus historias.
Para comprender mejor el contexto, es importante saber que la historia de las políticas de control de la natalidad en México está marcada por complejas intersecciones de género, raza, clase social y legado colonial. Antes de 1973, el Estado fomentaba activamente el crecimiento demográfico. A partir de ese año, el gobierno modificó sus políticas, implementando intensas campañas de control de la natalidad y programas de esterilización a gran escala. Estos programas también estuvieron acompañados de intrusiones en la vida reproductiva de las mujeres. Dichas medidas a menudo estuvieron influenciadas por consideraciones raciales y nacionalistas.
Aunque la Conferencia de las Naciones Unidas de 1994 reconoció los derechos sexuales y reproductivos, México continuó implementando una política demográfica malthusiana. Estas prácticas afectaron de manera desproporcionada a las mujeres de bajos ingresos que viven en zonas rurales, campesinas e indígenas. Las estadísticas revelan la dimensión de género y racial de estas políticas, con persistentes disparidades en las tasas de esterilización entre las mujeres indígenas.
ENG
The works presented in this dossier are from a study conducted in Mexico, led by anthropologist Yolinliztli Pérez-Hernandez and artist Armando Zacarias. Artist Xictlixocittl Pérez-Hernandez also contributed, notably during workshops held in Cuernavaca, as did Maria de Laurdes Santiz, a Tzeltal-Spanish interpreter and research assistant.
The “affective” methods, mentioned earlier by Dr. Schurr, took the form of art workshops using various media such as crochet and drawing. These workshops provided a space for expression for sterilized women, allowing for a better understanding of how their experiences are linked to reproductive policies and racial dynamics. The goal was to make visible the concrete effects of these policies on their bodies, their choices, and their lives.
The first series of workshops took place in Cuernavaca, Morelos, in January and February 2024. Fifteen women from working-class backgrounds participated, sharing their experiences of tubal ligation, which they call “la salpingo.” The second part of the project took place in January and February 2025, this time in the Tzeltal community of Oxchuc, Chiapas, where eleven women shared their stories.
To better understand the context, it is important to know that the history of birth control policies in Mexico is marked by complex intersections of gender, race, social class, and colonial legacy. Before 1973, the state actively encouraged population growth. From that year onward, the government shifted its policies, launching intensive birth control campaigns and large-scale sterilization programs. These were also accompanied by intrusive interventions in women's reproductive lives. These measures were often influenced by racial and nationalist considerations.
Even though the 1994 United Nations Conference recognized sexual and reproductive rights, Mexico continued to implement a Malthusian population policy. These practices disproportionately affected low-income women living in rural, peasant, and Indigenous areas. Statistics reveal the gendered and racialized dimension of these policies, with persistent disparities in sterilization rates among Indigenous women.
Vidas Tejidas
Ce travail commence par un exercice d’écriture dans lequel les participantes ont rédigé, sur des bandelettes de papier, le processus décisionnel qui les a conduites à opter pour la ligature des trompes. Ensuite, en mobilisant le crochet, une technique fortement connotée par la maternité, ce projet a souhaité parler des « nœuds » qui existent entre la décision de devenir mère et celle de choisir une méthode contraceptive définitive. Les participantes de la Colectiva Sentimientos Libres ont ainsi été invitées à tisser des sacs, chacun porteur de significations diverses. Cela se reflète, par exemple, dans la manière dont elles ont intégré leur bandelette de papier dans le sac : certaines l’ont complètement cachée à l’intérieur, tandis que d’autres l’ont tissée avec la laine, ne laissant apparaître qu’une partie de leur histoire — renvoyant ainsi à la notion d’intimité. L’intégration de ces récits manuscrits révèle ce que chacune choisit de partager de son intimité, et la manière dont elle le fait. Certaines participantes ont vu dans la technique du crochet l’image d’un « chemin », un chemin qui se construit et qui, souvent, fait « nœud » avec d’autres chemins. Il s’agit ici d’une métaphore pour représenter leurs créations : elles y ont vu la vie s’entrelacer, se tisser et s’emmêler avec celles des autres. Cette installation se complète avec les sacs des femmes tzeltales réalisées en 2025. Cependant, à la place d’écrire leur processus décisionnel, elles ont opté pour mettre dans leur sac un « élément » qui représente ce chemin. Martha par exemple a mis à l’intérieur des plantes médicinales qui lui ont permis d’aider à guérir sa fille. Suzana de son côté a mis un « chayote » et une courge, puisque ce sont des aliments qui lui rappellent quand elle devait aller cherche dans les champs la nourriture pour ses enfants. D’autres comme Margarita ont mis des dessins qu’elles même ont réalisés. Les sacs confectionnés par les participantes sont disséminés dans l’espace de l’installation, enrichie par les artistes Armando Zacarías et Xochitl Pérez-Hernández, afin d’atteindre un total de plus de cent sacs. Parmi ceux-ci, seuls vingt renferment une histoire personnelle. Dans le but de partager ces récits tout en préservant les objets et écrits contenus dans les sacs, les participantes ont donné leur accord pour que leurs voix soient diffusées à travers des dispositifs sonores. Dans le cas des femmes tzeltales, seulement trois ont accepté de partager un enregistrement sonore. Ces enregistrements permettent donc d’entendre leurs témoignages en espagnol et en tzeltal, accompagnés d’une traduction dans la langue du pays hôte. Bien que les histoires soient parfois très différentes les unes des autres, les audios révèlent aux spectateurs divers éléments qui marquent la vie sexuelle et reproductive des femmes mexicaines issues des classes populaires et des communautés autochtones. Ces récits abordent des thèmes tels que le machisme, la violence obstétricale, le désir de maternité et les conditions socio-économiques qui influencent profondément leurs choix et, par conséquent, leur rapport au corps. Les spectateur·rices sont invité·es à circuler librement parmi les sacs, traçant leur propre chemin au cœur de cette diversité de récits. L’installation les encourage également à s’arrêter pour écouter ces voix souvent marginalisées, qui dévoilent, à leur manière, une réalité du Mexique contemporain marquée par des dynamiques néocoloniales et patriarcales où les corps des femmes sont souvent la première cible.
Vidas Tejidas a été exposé a Cuernava une première fois en février 2024. En mars 2026, en intégrant les crochets et le récits des femmes tzeltales, cette installation a pris sa forme finale où les spectateur.ices sont invité.es a déambules entre les sacs et rentrer dans un geste intime: l'écoute. Ainsi, Vidas Tejidas devient l'oeuvre pilière du projet de recherche et de création mené au Mexique en incarnant, tant dans la création que dans l'exposition l'intime comme un enjeu politique.
Colectiva Sentimientos Libres
La « Colectiva Sentimientos Libres » est née d’une série de trois ateliers artistiques organisés dans la ville de Cuernavaca, dans l’État de Morelos, en janvier 2024. Ces ateliers faisaient partie du projet de recherche Reproductive Geopolitics (Géopolitiques Reproductives). Le nom « Sentimientos Libres » (« Sentiments Libres ») est issu d’un consensus entre les participantes engagées activement dans les ateliers. Elles ont collectivement décidé de nommer le groupe « Colectiva Sentimientos Libres » en raison du sentiment de liberté qu’elles ont éprouvé en optant pour la ligature des trompes, ainsi que de la possibilité de parler et partager ouvertement cette expérience durant les ateliers. La Colectiva était composée de 15 femmes racisées (métisses) à faibles revenus, qui avaient volontairement subi une salpingoclasia (terme couramment utilisé localement pour désigner la ligature des trompes) et qui ont créé des œuvres d’art matérialisant leur expérience.